À l’occasion de mes 35 ans et des 5 ans de Maison Felger, cette lettre revient sur un parcours d’entrepreneuriat intense, entre construction d’une maison de luxe en France, apprentissages constants et défis multiples. Des débuts dans un atelier vide aux scènes de l’Opéra Garnier ou de la Fashion Week, Maison Felger s’est construite dans l’intuition, la matière et la persévérance. Une histoire de création, de résilience et de vision.
Aller aux commentaires (3)Lettre ouverte - Maria Karunagaran, jeudi 07 mai 2026
Ce 5 mai, j’ai fêté mes 35 ans. Il était temps pour moi de faire le point personnel sur 10 ans d’entreprenariat qui sont passées à la vitesse d’un éclair.
2026 marque aussi les 5 ans de Maison Felger.
Même si Cyril et moi entreprenons depuis plus longtemps, l’histoire de la maison n’a réellement commencé qu’en 2021, lorsque nous avons posé nos premiers cartons dans un atelier vide au 4 rue Campello, près de Fougères, en Bretagne.
Un atelier dans lequel nous avons tout monté de zéro. Où nous avons finalement réussi à créer de la valeur. Parfois contre vents et marées. Comprendre toute une chaîne de production, la repenser avec un regard neuf et contemporain, avoir une vision, y croire, puis apprendre à confectionner des souliers avant de créer, assez vite, de la maroquinerie et des pièces d’Art. Et faire naître une marque. À partir de rien. Si ce n'est d'une vision.
Entreprendre, beaucoup d’entre vous le savent, n’a jamais été simple. Ce fut encore moins le cas ces dernières années. 2021, post confinement, crise covid, crise des gilets jaunes, inflation, contexte géopolitique extrêmement pré-occupant.
À celles et ceux qui nous suivent depuis le début,
Maison Felger n’est jamais née d’un simple désir de “faire une marque”.
Elle est née d’un besoin plus profond : celui de créer autrement. Plus lentement parfois. Plus instinctivement aussi. Avec la conviction que les objets ont encore le pouvoir de raconter quelque chose, de porter une émotion, une mémoire, une présence.
Il y a cinq ans, nous posions nos premiers cartons dans cet atelier sans réellement savoir jusqu’où cette aventure nous mènerait. En revanche, nous avions des idées, beaucoup d’intuition, une obsession pour ce savoir-faire si précieux qui a permis d’écrire quelques pages de l’histoire de Fougères … Et surtout une envie de construire quelque chose de sincère, de lui donner vie et de le voir grandir.
Depuis, les chemins parcourus nous dépassent souvent nous-mêmes.
Nos créations ont foulé la scène de l’Opéra Garnier aux pieds de Sofiane Pamart, accompagné un combat de Hugo Micaleff devant le Prince de Monaco, traversé des défilés de la Fashion Week Haute Couture, dansé aux pieds de clients qui se mariaient dans le monde entier, été portés par des Rois, des artistes, des passionnés.
Mais au fond, ce dont nous sommes les plus fiers ne se voit pas toujours.
Ce sont les innombrables heures passées dans l’atelier, parfois dans le silence pesant, parfois dans l’effervescence et l’enthousiasme. Les doutes auxquels on se confronte. La solitude qu’on apprivoise. Les décisions prises à contre-courant ou à fleur de peau. Les rencontres humaines qui construisent autant que celles qui éprouvent. Le fait d’avoir construit cette maison sans jamais trahir notre vision, peu importe ce que cela aura coûté.
La fierté naît aussi de ces moments silencieux que l’on ne mesure pas toujours immédiatement : voir un projet de longue haleine enfin aboutir, regarder un modèle imaginé sur un carnet prendre vie entre les mains de l’atelier. Voir le chemin parcouru. Simplement.
C’est voir le sourire d’un client lorsque la magie opère. Entendre le nom de la maison résonner dans des lieux que nous n’aurions jamais imaginé. Et réaliser, parfois presque avec étonnement, que ce qui n’était au départ qu’une intuition est devenu quelque chose de bien réel et vivant.
D’autres fois, la fierté, c’est juste se lever le matin, malgré les tempêtes, malgré la peur et les difficultés. C’est arriver au bureau sans faillir à ses rêves, à tenir la barque pour son équipe. À sourire, faire bonne figure et garder la foi. À avancer.
Être entrepreneur, c’est garder cette flamme qui nous anime, et alimenter celle de son équipe coûte que coûte. Ne pas oublier pourquoi on le fait.
Construire Maison Felger n’a jamais été un chemin linéaire.
Et lorsque l’on choisit d’innover, de créer sans modèle préexistant, les erreurs font inévitablement partie du chemin.
Les difficultés ont été là, parfois accélérées elles aussi. Comme beaucoup d’entrepreneurs aujourd’hui, nous avons dû faire face à une époque où tout va vite, où la pression est constante, et où la moindre erreur peut être exposée, jugée.
Mais entreprendre n’a jamais signifié être parfait.
Entreprendre, c’est accepter d’entrer dans quelque chose que l’on ne maîtrise pas encore totalement. C’est apprendre, ajuster, recommencer. Continuer à avancer même lorsque le doute s’invite.
Et malgré les défis, nous n’avons jamais perdu ce qui a donné naissance à Maison Felger : l’envie de créer sincèrement, de défendre une vision, et de bâtir quelque chose qui ait du sens.
En 2026, il nous arrive parfois d’oublier l’étymologie du mot « entreprendre » :
« Entre » : l’idée d’être au milieu,
« Prendre » : saisir, assumer
Entreprendre ce n’est finalement pas contrôler parfaitement.
C’est accepter d’entrer dans quelque chose qu’on ne maîtrise pas encore totalement et apprendre.
C’est ce qui fait la beauté du chemin.
Et malgré tout, il est important de ne jamais oublier tout ce qui a été construit en seulement cinq années.
Les rencontres. Les projets. Les rêves devenus tangibles.
Maison Felger est née d’une intuition, mais elle s’est construite grâce à des femmes et des hommes qui y ont cru, qui l’ont portée et fait grandir chaque jour. Avec le temps, l’équipe est devenue bien plus qu’une équipe : une véritable seconde famille.
Alors pour nos cinq ans, cette première lettre ouverte, écrite avec sincérité, est dédiée à tous ceux qui continuent de bâtir. À ceux qui doutent parfois, tombent parfois, mais avancent malgré tout.
Parce qu’au fond, entreprendre, c’est peut-être simplement cela... :
Continuer à croire en une vision avant même qu’elle ne devienne visible.
À nos 5 ans ! Et surtout : à l'avenir !
Maria Karunagaran
5 ans de Maison Felger - Ma lettre ouverte (Maria Karunagaran)
Commentaires (3)
Bonjour Maria et Cyril, c’est un SCANDALE !!!
Merci pour cette lettre très touchante et pour le partage de votre parcours.
Cependant, je me permets de revenir sur un point essentiel : la facture de 5 000 € que votre société me doit depuis un an et demi. Malgré les difficultés que peut traverser une entreprise, honorer ses engagements reste indispensable.
Je vous remercie donc de procéder au règlement de cette facture dans les meilleurs délais.
Je reste bien entendu disponible si vous souhaitez en échanger.
Bien cordialement, Jean‑Michel Froitier
Chère Maria, cher Cyril,
J’ai été très touché par votre lettre et profondément admiratif du chemin que vous avez construit avec passion, courage et authenticité. Maison Felger est bien plus qu’une marque : c’est une vision portée avec le cœur, la persévérance et le respect du savoir-faire.
Je suis heureux d’avoir croisé votre chemin et je vous adresse toutes mes félicitations pour ces cinq belles années de création et d’engagement. Je vous souhaite une magnifique réussite pour l’avenir de Maison Felger, avec encore de nombreux projets, rencontres et accomplissements.
Avec toute mon amitié,
Michel E.
Bravo à tous deux pour votre intuition et votre ténacité !
Heureuse d’avoir pû vous accompagner sur une petite portion de votre long parcours, et de tout coeur avec vous pour ENTRE PRENDRE !
Au plaisir de vous croiser,
Donatienne